La Maison de Poligny
Origines, alliances et héritage historique
Plusieurs généalogistes et historiens, parmi lesquels Louis Gollut, auteur des "Mémoires historiques de la République séquanoise et des princes de la Franche-Comté de Bourgogne" (publiés en 1592), font remonter les origines de la Maison de Poligny au comte Girart, auquel la tradition attribue la fondation du château de Grimont, dominant la ville de Poligny.
Girart, dit « de Roussillon » (vers 795-874), grand seigneur bourguignon et, durant une partie de sa vie, comte de Paris, figure parmi les personnages marquants de l'époque carolingienne. Il est notamment à l'origine de la fondation, vers 858, d'un établissement monastique à Vézelay, dans le diocèse d'Autun, auquel furent associées d'importantes reliques, notamment celles des saints Pierre et Paul.
Sa renommée traversa les siècles grâce à la Chanson de Girart de Roussillon, composée au XIIe siècle, l'une des grandes chansons de geste de la littérature médiévale française, qui transpose dans l'univers épique les rivalités entre le puissant seigneur bourguignon et l'autorité royale carolingienne.
Au fil des siècles, la Maison de Poligny contracta de nombreuses alliances avec des lignages nobles de Bourgogne, de France et des territoires voisins, lui conférant notamment une ascendance capétienne. Parmi ses ancêtres figure ainsi Charles VI, roi de France (1368-1422), dont descendait Claudine Antoinette de Beauregard, unie en 1711 à François Gabriel de Poligny.
Une autre filiation conduit à Jeanne de Bourgogne-Tournehem, mentionnée en 1511, petite-fille de Philippe III, dit « le Bon » (1396-1467), duc de Bourgogne, lui-même arrière-petit-fils du roi Jean II le Bon. Cette ascendance rejoint la Maison de Poligny par le mariage, en 1960, d'Arlette Pétrequin, issue de la branche d'Ozon, avec Jean Loïc Reumont de Poligny.
À ces illustres ascendances s'ajoutent d'importants liens généalogiques avec les familles de Flandre ainsi qu'avec la noblesse de la Suisse voisine. Dès l'aube du XVe siècle, des alliances sont notamment attestées avec les maisons de Grandson, implantée dans le Pays de Vaud, près du lac de Neuchâtel, et de La Tour, à travers ses branches de Châtillon et d'Illens, liées aux territoires valaisans et à l'espace alpin occidental.
L'histoire de cette famille s'inscrit dans celle du comté de Bourgogne, terre du Saint-Empire romain germanique, longtemps distincte du duché de Bourgogne relevant de la couronne de France. Cette situation frontalière, au carrefour des influences françaises, impériales et helvétiques, favorisa les alliances aristocratiques et les échanges politiques entre ces territoires. Passée sous la souveraineté des Habsbourg au XVIe siècle, la Franche-Comté ne fut définitivement rattachée au royaume de France qu'en 1678, par le traité de Nimègue.
Au cours de son histoire, la Maison de Poligny fournit plusieurs connétables et baillis au comté de Bourgogne. Elle exerça également, durant plusieurs siècles, la capitainerie du château de Poligny ainsi que des fonctions de prévôté à Poligny et à Dole, témoignant de son rôle dans l'administration, la défense et la vie politique de la province.
À la tête du comté de Poligny et de nombreuses seigneuries, elle posséda ou exerça des droits seigneuriaux sur un vaste ensemble de terres et de localités, parmi lesquelles Augéa, Evans, Toulouse, Darbonnay, Antorpe, Berthelange, Fraisans, Peintre, Parcey, Nans-sous-Sainte-Anne, Cosges, Monay, Nevy-lès-Dole, Écrilles, Molprey, Châtillon, Courbouzon, Rahon, Saint-Germain-en-Montagne, Miéry, Lizine, Palantine et Le Fied.
À la veille de la Révolution française, la famille conservait encore certains droits dans la ville de Poligny, notamment des droits de boucherie, derniers témoignages d'une implantation seigneuriale ancienne et d'une influence durable dans l'histoire de la Franche-Comté.
Apogée, déclin et survivance
Au fil des siècles, les possessions de la Maison de Poligny s'étendent sur un vaste territoire, principalement situé au centre et au nord de l'actuel département du Jura, ainsi qu'à l'ouest du Doubs. Représentant, à leur apogée, une superficie légèrement supérieure à celle de l'actuelle principauté du Liechtenstein, ces domaines connaissent une période de prospérité particulièrement remarquable au XVe siècle, sous les grands ducs de Bourgogne.
Cette prospérité repose notamment sur l'exploitation du sel, richesse majeure de la Franche-Comté depuis le Moyen Âge, sur la culture de la vigne et sur le développement des échanges commerciaux. À la croisée des routes reliant les territoires bourguignons, les cantons suisses et le royaume de France, la région bénéficie d'une position stratégique qui favorise le négoce et contribue à la puissance économique des grandes familles seigneuriales.
Cet âge d'or cède toutefois progressivement la place à une longue période d'épreuves et de dévastations. À partir de 1629, une terrible épidémie de peste frappe la Franche-Comté et sévit, par vagues successives, durant plusieurs années, provoquant une mortalité considérable. À peine la région commence-t-elle à se relever qu'elle se trouve entraînée dans les tourments de la guerre de Trente Ans (1618-1648), et plus particulièrement de la guerre de Dix Ans (1634-1644), qui ravage la province.
Les invasions, les massacres, les pillages et les exactions commises par les armées françaises, impériales et leurs mercenaires, auxquels s'ajoutent famines et épidémies, entraînent un effondrement démographique et économique sans précédent. Des villages entiers sont abandonnés, les terres cultivées retournent à la friche et, par endroits, la forêt reconquiert les campagnes désertées. La Franche-Comté, autrefois prospère, sort profondément meurtrie de ces décennies de désolation.
La conquête définitive de la province par Louis XIV, consacrée par le traité de Nimègue en 1678, marque une nouvelle étape de son histoire. Désormais intégrée au royaume de France, la Franche-Comté connaît une lente reconstruction, tandis que les anciennes familles seigneuriales voient progressivement évoluer leurs prérogatives et leur place dans l'organisation politique et sociale.
Après plus d'un siècle de mutations, la Révolution française porte le coup de grâce à l'ordre seigneurial hérité du Moyen Âge. L'abolition des droits féodaux, engagée dans la nuit du 4 août 1789, puis la suppression définitive de leurs survivances en 1793 mettent fin aux fondements juridiques et économiques de l'ancienne puissance territoriale de la Maison de Poligny. Les bouleversements révolutionnaires de 1792, marqués par la chute de la monarchie et la radicalisation politique, précipitent la disparition de cet univers aristocratique séculaire.
La lignée n'en disparaît pas pour autant. Selon la tradition généalogique familiale, sa continuité aurait notamment été préservée grâce à l'éloignement du comte Jean-Baptiste de Poligny et à la discrétion entretenue autour de ses origines durant les années les plus troublées de la Révolution.
Ainsi, malgré la disparition de ses anciennes prérogatives seigneuriales et les vicissitudes de l'histoire, la descendance de la Maison de Poligny traverse les siècles, perpétuant la mémoire d'un lignage intimement lié à l'histoire de la Franche-Comté.
Source généalogique : Geneanet.

Girart de Roussillon
et son épouse Berthe vers 820

Conrad de Poligny
dit "Le Teutonique"
Prévot de Dole en 1198


Domaine des Poligny
Les armoiries des Poligny se composent:
- du blason : de gueule au chevron d'argent, coiffé de la couronne de comte (ou de marquis),
- des ornements extérieurs : heaume avec lambrequins surmonté d'une étoile reposant sur un tortil, écu supporté par deux anges.
La devise de cette famille est : "A Dieu, Playse".
