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Eudes (ou Odes) "Le Grand" de Poligny

vers 1220 - après 1278

Chevalier, Bailli et Connétable de Bourgogne

​Issu d’une famille étroitement liée aux comtes de Bourgogne, Eudes de Poligny est le fils de Gui de Poligny, écuyer, mentionné dès 1202 comme témoin dans une charte de Marguerite, comtesse de Bourgogne et veuve d’Othon Ier.

Au XIIIᵉ siècle, le comté de Bourgogne, terre du Saint-Empire romain germanique, occupe une position stratégique entre le royaume de France et les territoires impériaux. Les rivalités dynastiques et les changements d’alliances y renforcent le rôle des grands officiers comtaux.

 

Châtelain de Poligny

La fidélité de la famille de Poligny à ses suzerains, entretenue au fil des générations, vaut à Eudes la confiance du comte Hugues de Bourgogne, qui lui confie la châtellenie de Poligny. Cette charge prestigieuse sera ensuite transmise à ses descendants, notamment à son fils Odon, puis à son petit-fils Jean Ier de Poligny.

Eudes devient ainsi châtelain et capitaine du château de Poligny, l’une des plus imposantes forteresses défensives de la région à cette époque.

À ce titre, il exerce des responsabilités à la fois militaires, administratives et judiciaires. Chargé du gouvernement et de la police du château, il organise les corvées et les prestations dues par les villages environnants, tout en sanctionnant les manquements par des amendes.

En cas de menace de guerre, il détient seul le pouvoir de proclamer le péril imminent et d’ordonner aux « retrahants », habitants bénéficiant du droit de refuge, de se retirer dans l’enceinte fortifiée avec leurs biens mobiliers.

Ses prérogatives judiciaires sont également considérables : il juge les crimes n’entraînant pas la peine capitale et statue en appel sur les décisions rendues par les prévôts.

À ces pouvoirs s’ajoutent d’importants avantages matériels. Eudes bénéficie notamment de droits sur de grandes quantités de bois, de la jouissance de vignobles situés au pied du château, ainsi que des profits et revenus de la prévôté, désormais réunie à la châtellenie.

 

Une ascension remarquable au service des comtes de Bourgogne

L’année 1265 marque un tournant décisif dans la carrière d’Eudes, avec sa nomination comme bailli de Poligny et de sa banlieue, une circonscription comprenant alors pas moins de vingt-quatre villages.

Représentant direct de l’autorité comtale, il s’illustre dans l’exercice de ses fonctions par sa fermeté, son sens de la justice et ses qualités d’administrateur.

Ses compétences et sa loyauté lui valent une promotion exceptionnelle : en 1269, il est nommé bailli général de Bourgogne, accédant ainsi à l’une des plus hautes responsabilités administratives du comté.

En reconnaissance de ses services, le comte Hugues et son épouse Alix de Méranie lui accordent un privilège particulièrement précieux : l’exemption de la dîme sur ses terres de Poligny, transmissible à ses descendants mâles, d’aîné en aîné.

 

Connétable de Bourgogne : l'apogée d'une carrière

La consécration intervient en 1275, lorsqu’Eudes est élevé à la dignité de connétable de Bourgogne par la comtesse Alix, alors remariée à Philippe Ier, comte de Savoie et d’Aoste.

Cette nomination le place au sommet de la hiérarchie militaire comtale. Désormais investi de la plus haute autorité militaire au service de la comtesse, il devient l’un de ses principaux hommes de confiance.

Cette charge revêt une importance particulière dans un contexte politique troublé, marqué par de fortes tensions entre les puissances voisines et par une réorientation des alliances en faveur du royaume de France.

L’élévation d’Eudes à cette dignité témoigne ainsi de la place exceptionnelle qu’il a su acquérir auprès de la maison comtale, grâce à plusieurs décennies de fidélité et de services.

 

Les dernières marques de faveur de la comtesse Alix

Par son testament et ses codicilles de 1278, la comtesse Alix renouvelle les témoignages d’affection et de confiance qu’elle porte à la maison de Poligny.

Elle prévoit plusieurs legs, tant en argent qu’en objets personnels, en faveur de Dame Marie de Poligny, épouse d’un membre de la famille de Cromary dont le prénom demeure inconnu, ainsi que de leurs enfants, Estuette et Huguenin.

Odette de Poligny, demoiselle attachée à son service, bénéficie également de plusieurs dispositions testamentaires.

Ces libéralités illustrent la proximité durable entre la famille de Poligny et l’entourage de la comtesse, bien au-delà des seules fonctions officielles exercées par Eudes.

Alix s’éteint en 1279, laissant derrière elle le souvenir d’une souveraine qui aura largement contribué à l’ascension et au prestige de cette lignée.

 

Descendance et héritage

Eudes de Poligny laisse trois enfants connus :

  • Odon de Poligny, appelé à lui succéder dans la châtellenie de Poligny.

  • Jean de Poligny.

  • Anne de Poligny.

Par son parcours exceptionnel, de châtelain à bailli général, puis connétable de Bourgogne, Eudes apparaît comme l’une des figures marquantes de la maison de Poligny au XIIIᵉ siècle.

Son ascension illustre la puissance que pouvait acquérir une famille de la noblesse comtoise grâce à sa fidélité dynastique, à l’exercice de hautes charges et à la confiance personnelle de ses souverains. Il contribue ainsi à asseoir durablement le rang et l’influence de sa lignée dans l'histoire du comté de Bourgogne.

Jean III "Le Brave" de Poligny

vers 1404 - 1453

Eudes connétable de Bourgogne.png
Blason d'Eudes de Poligny
Eudes connétable 1275_edited.jpg
Représentation de la scène de l'élévation
d'Eudes de Poligny par la Comtesse Alix (1275)

Chevalier, mort au combat 

Héritier de privilèges seigneuriaux

Jean III de Poligny grandit au château de Poligny, où son père, Jean II, exerce les fonctions de capitaine-commandant.

Seigneur de Coges, d’Augéa et de Mônay, possesseur des curtis et du verger d’Icelle, Jean III succède à son père le 27 octobre 1423 et reprend le siège souverain familial.

Il hérite de privilèges seigneuriaux ancestraux, notamment l’exemption de la dîme sur ses terres, attestée en 1425, ainsi que des droits particuliers sur les halles de boucherie de la ville de Poligny.

Mais c’est avant tout dans l’art de la guerre que Jean III s’illustre.

Vers 1430, il épouse sa cousine issue de germain, Alix de Salins-Vincelles. Leurs arrière-grands-parents communs sont Géraud de Salins, dit « le Bâtard de Salins », et Laure de Commercy, dame de Lemuy.

 

Un valeureux chevalier au service de Philippe le Bon

Fidèle serviteur de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, Jean III l’accompagne dans de nombreuses campagnes militaires et acquiert la réputation d’être « l’un de ses plus braves chevaliers ». Une renommée qu’il paiera finalement de sa vie.

En 1453, âgé de 49 ans, il prend une nouvelle fois le commandement d’une division de l’armée ducale engagée contre les Gantois, révoltés contre l’autorité de Philippe le Bon. Ce conflit, connu sous le nom de révolte de Gand (1449-1453), oppose la puissante cité flamande à son souverain, notamment sur des questions fiscales et politiques.

Après l’échec des négociations, les deux armées s’affrontent le 23 juillet 1453 à Gavere (Gâvre), près de Gand. Les Bourguignons doivent faire face à une redoutable artillerie gantoise, dont les pièces changent fréquemment de position.

À la tête des troupes ducales, Jean III mène trois charges successives contre les lignes ennemies, qui résistent avec acharnement. Au cours des combats, son compagnon d’armes, Jean de la Guyselle, trouve la mort.

Déterminé à le venger, Jean III lance un ultime assaut. Frappé de plein fouet par un projectile de bombarde flamande, il est tué sur le coup, au cœur de la mêlée.

Sa disparition provoque un mouvement de recul parmi les Bourguignons. Mais un événement inattendu bouleverse le cours de la bataille : un chariot chargé de poudre explose accidentellement au milieu des rangs gantois, semant la panique et la confusion.

Saisissant cette occasion, les troupes ducales reprennent l’offensive et mettent leurs adversaires en déroute.

La victoire bourguignonne est écrasante. Les chroniqueurs rapportent jusqu’à 16 000 morts parmi les Gantois, chiffre probablement exagéré, mais révélateur de l’ampleur du désastre.

La bataille de Gavere marque la fin de la révolte et contraint Gand à reconnaître l’autorité du duc de Bourgogne.

Tombé au champ d’honneur, Jean III de Poligny laisse le souvenir d’un chef de guerre valeureux, dont la bravoure et les qualités de commandement lui valent les honneurs de ses contemporains.

De son union avec Alix de Salins-Vincelles naissent cinq enfants : Guyot, Jean IV, Jeanne, Claude et Guillaume.

Bataille de Gâvre
Représentation de Jean III
à la Bataille de Gavre (Flandres) en 1453
Château Grimont
Le Château de Poligny "Grimont"
au XVe siècle
Philippe Le Bon
Portrait du Duc de Bourgogne Philippe "Le Bon"
suzerain de Jean III
(vers 1450)

François II de Poligny

vers 1641-1713

1er Comte de Poligny 1679 -1713

Une enfance dans la tourmente, une fortune née des héritages

François de Poligny n'a qu'un an lorsqu'il perd son père, Philibert de Poligny, chevalier, tué le 19 septembre 1642 lors d'un affrontement près du château de Ray, opposant les troupes comtoises aux forces françaises commandées par le comte de Grancey.

Cette bataille, qui se solde par une cuisante défaite des Comtois, s'inscrit dans les heures les plus sombres de la guerre de Dix Ans (1634-1644), épisode particulièrement meurtrier de la guerre de Trente Ans. Engagée dans un conflit contre les Habsbourg d'Espagne, la France ravage alors la Franche-Comté, possession de la Couronne espagnole, soumettant la province à une succession de sièges, de pillages, de destructions et de famines.

Selon les estimations rapportées par l'historien Gérard Louis dans La Guerre de Dix Ans (1998), la province aurait perdu près de 45 % de sa population, victime des combats, des épidémies, des famines et des déplacements forcés.

La famille de Poligny n'échappe pas à cette tragédie. Nombre d'oncles et de cousins de François disparaissent durant ces années de désolation, laissant derrière eux des domaines dévastés, des terres en friche et des successions ouvertes.

Par un singulier paradoxe de l'histoire, François, fils aîné survivant de sa branche, devient ainsi l'un des bénéficiaires involontaires de cette catastrophe. Les héritages successifs qui lui échoient contribuent à constituer une fortune foncière considérable.

Dès 1658, un épisode témoigne de son aisance financière : François est en mesure de prêter la somme importante de 2 000 francs à son cousin, le marquis Charles-Louis de Bauffremont, fils de Marguerite de Poligny et prétendant à la charge de gouverneur du comté de Bourgogne.

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D'Augéa à Evans : l'affirmation d'une puissance seigneuriale

Seigneur d'Augéa par héritage paternel — le fief de la Tour d'Augéa ayant été acquis par la famille de Poligny en 1600 —, François voit encore son patrimoine s'accroître en 1666, lorsqu'il hérite de la seigneurie d'Evans et de son remarquable château de plaisance, à la mort de son cousin Jean-Claude de Poligny.

Ce dernier avait achevé, trois ans auparavant, en 1663, la reconstruction du château, financée notamment par les revenus d'une exploitation de minerai de fer alors florissante depuis une dizaine d'années.

L'activité métallurgique constitue en effet l'une des principales richesses du domaine. Des forges ont été établies à proximité du château, ainsi qu'un moulin utilisant les eaux du déversoir du Grand-Étang. Ces installations participent à l'approvisionnement des hauts fourneaux voisins de Fraisans et de Foucherans, témoignant du dynamisme économique de la seigneurie.

Vers 1667, François abandonne donc la vieille résidence familiale d'Augéa pour s'établir à Evans, dont la prospérité et les activités industrielles réclament désormais sa présence.

Le 11 juin 1672, il épouse Claude-Étiennette Jacques de Nans, sa cousine au huitième degré. Leurs ancêtres communs sont Étienne Merceret, trésorier général du comté de Bourgogne, et son épouse Girarde de Faletans.

Le choix d'Evans comme nouvelle résidence se révèle d'autant plus judicieux que la maison forte d'Augéa, miraculeusement épargnée par les ravages de la guerre de Dix Ans, n'échappe finalement pas aux bouleversements politiques de la fin du siècle.

Vers 1679, sa tour et ses fortifications sont démantelées sur ordre de Louis XIV, dans le contexte de la politique royale de neutralisation des places fortes, consécutive au rattachement définitif de la Franche-Comté à la France par le traité de Nimègue de 1678.

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Le titre comtal et la postérité d'une illustre lignée

C'est également à cette époque que François commence à porter le titre de comte de Poligny. Cette dignité pourrait-elle avoir constitué une forme de compensation pour la destruction des fortifications d'Augéa ? L'hypothèse est séduisante, mais demeure à confirmer par les archives.

La monarchie française, soucieuse de rallier à sa cause une noblesse comtoise longtemps fidèle aux Habsbourg, pouvait en effet trouver dans la reconnaissance des dignités et la distribution des honneurs un précieux instrument de conciliation politique.

François semble, en tout cas, particulièrement attaché à l'affirmation de son nouveau rang.

En 1685, lorsqu'il fait peindre le portrait de son jeune fils aîné, François-Gabriel, il prend soin d'y faire figurer les armes des Poligny, surmontées d'une couronne comtale, ainsi qu'une inscription rappelant explicitement les titres familiaux : « Comte de Poligny, Seigneur d'Augéa & Evans ».

Cette mise en scène héraldique ne laisse guère de doute sur la volonté de François d'affirmer publiquement le rang et les prétentions nobiliaires de sa maison.

Le Dictionnaire de la noblesse de La Chenaye Desbois, dans une édition du XIXe siècle, le mentionne d'ailleurs sous la qualité de comte et seigneur, confirmant l'usage de cette titulature dans la tradition généalogique familiale, sans toutefois établir à lui seul l'existence d'une érection officielle en comté.

De son union avec Claude-Étiennette Jacques de Nans naissent sept enfants, dont François-Gabriel, Claude-Françoise, Marguerite-Antoinette, François-Henri, Claude-Louis et Charles-Antoine.

Seuls deux d'entre eux laisseront une postérité durable.

François-Gabriel de Poligny, qui succède à son père, est l'ancêtre de la branche actuelle des Reumont de Poligny.

Claude-Françoise de Poligny, quant à elle, est à l'origine d'une descendance particulièrement illustre, qui compte aujourd'hui parmi ses représentants le prince Albert II de Monaco et le roi Philippe de Belgique.

Ainsi, le destin de François de Poligny illustre les profonds bouleversements de la noblesse franc-comtoise au XVIIe siècle : né dans les ruines d'une province ravagée par la guerre, héritier de domaines dispersés, il parvient à réunir une fortune importante, à établir sa maison dans une seigneurie prospère et à affirmer un rang dont ses descendants perpétueront le souvenir.

Massacres de la guerre de 30 ans en Franche Comté.jpg
La Franche Comté dévastée
Guerre de 10 ans - massacre des comtois - Franche Comté (1636 - 1637)
Tableau de Pierre Maublanc - Musée du Temps, Besançon (France)
Destruction du chateau d'Augéa.png
Destruction de la maison-forte familiale d'Augéa sur ordre du Roi Louis XIV (1679)

François-Gabriel de Poligny

1677-1746

Comte de Poligny 1713 -1746

​​​​​Portrait d'un jeune héritier

François-Gabriel de Poligny apparaît dès l'âge de huit ans sur un portrait réalisé en 1685, à l'initiative de son père, François de Poligny. Dans son ouvrage Evans et Salans au cours des âges, publié en 1987, Gabriel Pelletier indique que ce tableau était alors conservé au musée de Pontarlier. Depuis, l'œuvre semble avoir mystérieusement disparu, laissant planer une énigme sur le devenir de ce précieux témoignage familial.

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François-Gabriel grandit au sein d'une famille profondément attachée à ses traditions nobiliaires. Deux de ses frères deviennent chevaliers de l'ordre de Malte : l'un périt en mer en 1702, tandis que l'autre s'éteint à un âge avancé dans la ville de Salins.

Le 9 avril 1711, François-Gabriel épouse Claudine-Antoinette de Beaurepaire, sa cousine au septième degré. Leurs ancêtres communs sont Aymard Bouton, seigneur du Fay et chambellan du duc de Bourgogne, et son épouse Anne d'Oiselet, baronne d'Oiselet.

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Un seigneur bâtisseur et artisan du renouveau d'Evans

C'est à Evans, au cœur de ses possessions, que François-Gabriel consacre l'essentiel de son existence. Héritier d'un domaine déjà prospère, il entreprend de lui donner une nouvelle dimension, tant sur le plan démographique qu'économique et religieux.

Il favorise la création et le développement du nouveau village d'Evans, encourageant l'installation de familles venues de Suisse, de Lorraine et de Savoie. Cette politique de repeuplement vise à remplacer les anciennes lignées villageoises décimées par les guerres et les épidémies du siècle précédent.

La Franche-Comté porte encore les profondes cicatrices de la guerre de Dix Ans (1634-1644), dont les conséquences démographiques se sont prolongées bien au-delà de la fin des combats. Comme ailleurs dans la province, l'arrivée de populations étrangères contribue à remettre en culture les terres abandonnées et à reconstituer les communautés rurales.

Sous l'impulsion de François-Gabriel, cette immigration organisée accompagne une véritable renaissance de la seigneurie. De nouvelles familles s'établissent, les terres sont exploitées et les activités artisanales et industrielles se développent, assurant à Evans une prospérité renouvelée.

François-Gabriel entend également doter le village d'un édifice religieux digne de son nouvel essor. À proximité immédiate du château, sur les vestiges de l'ancienne chapelle seigneuriale, il fait édifier l'église Saint-Jean-Baptiste, dont la construction intègre l'ancien oratoire.

La nef et le chœur sont achevés en 1732, consacrant ainsi l'ambition du seigneur de faire d'Evans un véritable centre de vie paroissiale, économique et sociale.

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L'essor d'un domaine industriel et le souvenir d'un grand seigneur

Mais c'est sans doute dans le domaine économique que François-Gabriel laisse son empreinte la plus durable.

Aux revenus traditionnels de ses terres agricoles et de ses forêts, il ajoute ceux d'activités minières et métallurgiques en pleine expansion. L'exploitation du minerai de fer, déjà florissante sous ses prédécesseurs, connaît sous son autorité un développement considérable.

Plusieurs mines sont désormais en activité, certaines atteignant une profondeur d'une trentaine de mètres. L'importance des gisements et l'intensification de leur exploitation témoignent des ressources du sous-sol de la seigneurie.

François-Gabriel ne se contente toutefois plus d'extraire le minerai pour approvisionner les établissements métallurgiques voisins. Désireux de maîtriser une plus grande partie de la chaîne de production, il entreprend la construction de son propre haut fourneau à Evans.

Cette initiative marque une étape décisive dans l'histoire économique du domaine, qui passe progressivement d'une activité essentiellement extractive à une production métallurgique intégrée.

Au XVIIIe siècle, la Franche-Comté compte parmi les régions françaises où la sidérurgie au bois occupe une place importante, grâce à l'abondance des forêts, des cours d'eau et des gisements de minerai. Les hauts fourneaux utilisent alors principalement le charbon de bois comme combustible et la force hydraulique pour actionner les soufflets.

Parallèlement, François-Gabriel développe l'exploitation de carrières de pierre à bâtir et de gisements de sable, notamment destinés aux besoins des forges. Il fait également établir une tuilerie, complétant ainsi un ensemble d'activités qui donne progressivement à Evans l'allure d'un véritable complexe industriel avant la lettre.

Cette diversification témoigne d'une remarquable capacité d'initiative. En associant les ressources naturelles de ses terres aux besoins de la construction et de la métallurgie, François-Gabriel contribue à faire de sa seigneurie un centre de production et d'échanges particulièrement dynamique.

À la fois administrateur rigoureux, entrepreneur audacieux et seigneur soucieux du développement de ses domaines, il semble avoir laissé à ses contemporains le souvenir d'un homme exemplaire, apprécié pour son intelligence, la dignité de sa conduite et la droiture de son caractère.

Sa vie familiale révèle également une personnalité attachée aux liens de parenté et aux échanges intellectuels. Il entretient notamment une correspondance régulière avec sa sœur Claude, dont les lettres, volontiers lues dans le cercle familial, auraient été réputées pour leur esprit et leur élégance. La tradition familiale allait jusqu'à comparer leur charme à celui des célèbres lettres de Madame de Sévigné.

De son mariage avec Claudine-Antoinette de Beaurepaire naissent cinq enfants : Charles-Claude, Françoise-Gasparine, Simonne, Antoinette et Marguerite.

François-Gabriel de Poligny apparaît ainsi comme l'une des figures marquantes de l'histoire d'Evans. Héritier d'une seigneurie relevée des désastres du XVIIe siècle, il en poursuit la reconstruction, favorise son repeuplement, développe ses ressources industrielles et lui donne un nouvel édifice religieux.

Sous son impulsion, Evans dépasse le cadre d'un simple domaine seigneurial pour devenir un centre rural et industriel prospère, témoignage durable de l'esprit d'entreprise de la noblesse comtoise au siècle des Lumières.

François Gabriel en 1717 (40 ans).png
François Gabriel en 1717
Reconstruction de l'église Saint Jean-Baptiste.png
Edification de l'Eglise Saint Jean-Baptiste
en 1732 (Evans) 
Activité sidérurgique d'Evans.png
Activité industrielle d'Evans (vers 1740)
(illustration)

Charles-Claude, Ferdinand de Poligny

1717 - 1776

Comte de Poligny 1746 -1776

Un gentilhomme passionné, bâtisseur et administrateur éclairé

Doté d'une âme élevée et généreuse, Charles Claude de Poligny se distingue par un caractère ardent et passionné, dans lequel les plus nobles qualités se trouvent parfois portées jusqu'à l'excès. Homme d'honneur et de devoir, il conjugue les vertus militaires de son rang avec un profond attachement à ses terres et à l'héritage de ses ancêtres.

Soucieux d'embellir et de valoriser son domaine, il fait entourer le château d'Évans de vastes jardins aménagés d'après des plans attribués à André Le Nôtre, illustre jardinier de Louis XIV. Ces jardins s'inscrivent dans un ensemble paysager prolongé par une grande forêt percée d'allées destinées à la chasse.

Administrateur éclairé, il entreprend également d'importants travaux d'assainissement et de mise en valeur agricole. Il restitue à la culture des terres fertiles jusque-là délaissées et contribue à la salubrité des lieux en aménageant des écoulements réguliers pour les eaux stagnantes de son domaine.

Les fiefs de Toulouse, d'Augea et de Darbonnay, autrefois compris dans le partage des biens d'Hugues, chef de sa branche familiale, demeurent également en sa possession, témoignant de la continuité du patrimoine seigneurial.

 

Une carrière militaire brisée par la guerre de Succession d'Autriche

Très jeune, Charles Claude embrasse la carrière des armes sous les ordres de l'un de ses oncles, lieutenant général des armées du roi et commandant en Provence. Il devient capitaine au régiment du Roi-Infanterie et reçoit la distinction de chevalier de Saint-Georges de Bourgogne, marque de son appartenance à l'ancienne noblesse provinciale.

En 1742, la guerre de Succession d'Autriche entraîne les armées françaises jusqu'au cœur de l'Europe centrale. Alliée à la Bavière contre les Habsbourg, la France soutient les ambitions de l'électeur Charles-Albert, devenu empereur sous le nom de Charles VII. La Bohême constitue alors l'un des principaux théâtres d'opérations du conflit, et Prague, occupée par les Français depuis novembre 1741, devient un enjeu stratégique majeur.

Assiégées par les forces autrichiennes commandées par le prince Charles de Lorraine, les troupes françaises tentent à plusieurs reprises de desserrer l'étau ennemi.

Le 22 août 1742, le régiment du Roi-Infanterie prend part à une violente sortie conduite par les troupes du maréchal de Broglie contre les positions autrichiennes. Au cours de cet engagement particulièrement meurtrier, Charles Claude de Poligny est grièvement atteint d'un coup de feu à la poitrine.

La gravité de sa blessure le condamne à une immobilisation de plus de quatre mois, alors même que la situation militaire française en Bohême devient de plus en plus précaire.

En décembre 1742, le maréchal de Belle-Isle organise l'évacuation de Prague dans des conditions extrêmement difficiles, au cœur d'un hiver rigoureux. Lors de la retraite, engagée dans la nuit du 16 au 17 décembre, Charles Claude, toujours incapable de supporter les fatigues de la marche, doit être laissé dans un hôpital de la ville, en compagnie de huit autres officiers et de nombreux soldats blessés ou malades.

Cette retraite, demeurée célèbre dans l'histoire militaire française, illustre les souffrances endurées par les armées de Louis XV au cours de leurs campagnes en Europe centrale. Bénéficiant vraisemblablement des conditions de la capitulation honorable négociée par le général de Chevert le 26 décembre 1742, Charles Claude regagne la France au terme d'un pénible voyage, encore affaibli par sa grave blessure à la poitrine.

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Le retour à Évans, la transmission du patrimoine et les dernières années

En 1752, de son union avec Agnèze Béry naît un fils, auquel il donne le prénom de Jean-Baptiste, vraisemblablement en référence au saint patron de la chapelle seigneuriale. Cet enfant, reconnu et légitimé, sera appelé à lui succéder et à perpétuer sa lignée.

L'année suivante, en 1753, Charles Claude épouse Marie Anne Josèphe Mignot de La Bévière. De ce mariage naissent quatre filles : Marie Antoine Césarine, Marie-Antoinette Anne, Marie-Jeanne et Jeanne-Baptiste.

Les séquelles de sa blessure de guerre lui interdisant désormais de reprendre le service actif, il se retire définitivement sur ses terres d'Évans, où il consacre le reste de son existence à l'administration de ses domaines.

Il poursuit avec énergie la gestion de ses différents fiefs et veille particulièrement au développement des activités économiques de la seigneurie d'Évans, dont la vocation est alors principalement sidérurgique. Dans cette région de Franche-Comté, l'abondance des forêts, la présence de cours d'eau et les ressources en minerai de fer favorisent depuis longtemps l'essor des forges et des établissements métallurgiques.

Fidèle à une conception exigeante mais généreuse de ses devoirs seigneuriaux, il manifeste également le souci d'alléger certaines anciennes charges pesant sur les habitants.

Ainsi, quelques années avant sa mort, il abandonne au profit de la ville de Poligny les droits qu'il possède encore sur les boucheries, derniers vestiges des prérogatives seigneuriales autrefois considérables que ses ancêtres exerçaient sur cette cité.

En reconnaissance de cette libéralité, le parlement de Franche-Comté lui confirme, en 1775, le titre de comte ainsi que sa transmissibilité à ses descendants, consacrant la dignité et la continuité de sa maison.

Mais les souffrances endurées sur les champs de bataille ne l'ont jamais véritablement quitté. Plus de trente années après le siège de Prague, sa vieille blessure à la poitrine se rouvre accidentellement, provoquant une aggravation brutale de son état.

En l'espace de deux jours, Charles Claude de Poligny succombe aux conséquences de cette blessure ancienne, à l'âge de cinquante-neuf ans.

Ainsi s'achève la vie d'un gentilhomme dont le destin demeure profondément marqué par le service du roi, la fidélité à sa lignée et l'attachement à sa terre natale. Soldat courageux, administrateur entreprenant et seigneur généreux, il laisse à ses descendants le souvenir d'un homme dont la blessure reçue au service de la France aura finalement déterminé toute l'existence.

Descendance : cinq enfants

  • Jean-Baptiste de Poligny, né en 1752 de son union avec Agnèze Béry, légitimé et appelé à lui succéder.

  • Marie Antoine Césarine de Poligny, issue de son mariage avec Marie Anne Josèphe Mignot de La Bévière.

  • Marie-Antoinette Anne de Poligny, issue du même mariage.

  • Marie-Jeanne de Poligny, issue du même mariage.

  • Jeanne-Baptiste de Poligny, issue du même mariage.

Charles Claude capitaine.png
Charles-Claude, Capitaine
Chevalier de Saint Georges-Bourgogne et de Malte
vers 1743
Charles Claude au siège de Prague 1742.png
Charles-Claude
blessé au siège de Prague en 1742
(illustration)
Jeanne Baptiste de Poligny HD.png
Sa fille
Jeanne-Baptiste
affichant le ruban de Saint Georges de son père en sa mémoire et la rose pour sa fidélité à la Sainte Vierge
vers 1790  - collection privée

Jean-Baptiste, Dominique "Le Beau" de Poligny

1752 - 1813

Comte de Poligny 1776 -1813

De fils naturel à héritier légitimé : la volonté d’un père

Jean-Baptiste de Poligny naît hors mariage le 23 octobre 1752 à Besançon. Sa mère, Étiennette Catherine Bery, dite « Agnèze », meurt en couches.

Son père, Charles-Claude de Poligny, épouse l'année suivante Marie Mignot de La Bévière, dont il n'aura que des filles.

Élevé au séminaire, Jean-Baptiste rend régulièrement visite à son père, à sa belle-mère et à ses demi-sœurs au château d'Evans.

Malgré sa naissance illégitime, l'absence d'héritier mâle légitime conduit son père à envisager de lui transmettre son patrimoine et les attributs de son rang social.

Charles-Claude entend en effet tirer parti des dispositions de l'Ancien Régime permettant, sous certaines conditions, la légitimation d'un enfant naturel né de parents libres de tout lien matrimonial au moment de sa naissance.

Jean-Baptiste est ainsi légitimé par son père, avec enregistrement de l'acte au Parlement de Franche-Comté le 29 mars 1776 (Archives départementales du Doubs, registre B2179, folio 148). Cette reconnaissance lui permet de consolider sa position au sein de la famille, même si la légitimation ne confère pas nécessairement tous les droits successoraux d'un enfant né dans le mariage.

Charles-Claude lui apportera jusqu'à sa mort un soutien constant.

De haute stature, élégant et doté de traits réguliers, Jean-Baptiste est connu sous le surnom de « Beau Poligny ».

 

De la vocation religieuse à la carrière militaire

Ayant reçu une solide formation religieuse, Jean-Baptiste semble d'abord destiné à l'Église. Il porte le « petit collet », signe de son appartenance à l'état ecclésiastique, et se voit pourvu de la chapelle du château de Bauffremont, à Scey-sur-Saône, propriété du prince Joseph de Bauffremont, cousin et ami de son père.

En 1776, Charles-Claude de Poligny décède. Jean-Baptiste est alors âgé de 24 ans.

Deux ans plus tard, il entreprend de se tourner vers la carrière militaire, bénéficiant notamment des relations de son défunt père avec le marquis de Montbarrey, qui occupe alors d'importantes fonctions dans l'administration de la Guerre.

En 1781, avec l'autorisation du Parlement de Franche-Comté, il s'engage dans le régiment suisse de Meuron, nouvellement créé à Neuchâtel pour servir la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC). Fondée en 1602, cette puissante compagnie commerciale dispose de ses propres forces militaires, chargées de protéger ses comptoirs et ses intérêts dans l'océan Indien et en Asie.

Jean-Baptiste sert comme officier au Cap, en Afrique du Sud, de 1783 à 1787, puis à Ceylan, l'actuel Sri Lanka, de 1787 à 1790.

 

L'affaire Valmont : une aventure financière aux conséquences désastreuses

Le 14 février 1790, Jean-Baptiste démissionne de son régiment et décide de gagner Saint-Domingue afin de régler un différend financier majeur qui l'oppose au chevalier de Valmont.

Les deux hommes se sont rencontrés en 1785 au Cap, en Afrique du Sud. Valmont revient alors de Ceylan, où il a servi comme capitaine de la Légion de Luxembourg. Sa carrière y a été marquée par de graves conflits avec sa hiérarchie, qui a même envisagé de le mettre aux arrêts (Council of Policy Minutes, C165).

Personnage entreprenant, mais peu scrupuleux, Valmont développe un réseau commercial et organise notamment un négoce de vins entre l'Afrique du Sud et le Bengale.

Il parvient à convaincre Jean-Baptiste d'investir dans ses affaires, lui empruntant la somme considérable de 2 215 livres et 15 sols, représentant les économies de ce dernier.

Mais Valmont quitte bientôt la région pour les Caraïbes. Au lieu de rembourser son créancier, il utilise les fonds pour acquérir une propriété nommée « Trou-Bordet », près de Port-au-Prince, à Saint-Domingue. Les personnes réduites en esclavage sur cette habitation auraient pris la fuite peu après son acquisition.

Informé de ces agissements, Jean-Baptiste décide de poursuivre son débiteur jusqu'aux Antilles.

Après un voyage particulièrement éprouvant, qui aurait duré près de neuf mois, il retrouve finalement Valmont à Saint-Domingue. Muni de sa reconnaissance de dette, il fait établir, le 22 avril 1791, un acte notarié à Port-au-Prince afin d'organiser le recouvrement de sa créance.

Les biens concernés comprennent notamment une propriété située à l'île de France, aujourd'hui l'île Maurice, composée d'un terrain, d'une maison et de deux magasins. L'acte mentionne également cinq personnes réduites en esclavage, parmi lesquelles Manon, Jean-Louis, Jupiter et Malabar, que Valmont avait acquises au cours de sa carrière militaire dans l'île.

Cette opération se révèle être un véritable « cadeau empoisonné » pour Jean-Baptiste, qui se défait des biens obtenus à un prix très inférieur à leur valeur espérée.

Il perd ensuite toute trace de Valmont. Celui-ci aurait pu gagner la Louisiane ou trouver la mort lors des violences qui accompagnent l'insurrection des esclaves de Saint-Domingue, en août 1791. Cette révolte, déclenchée dans le nord de la colonie française, marque le début d'un long processus révolutionnaire qui aboutira à l'indépendance d'Haïti en 1804. Le sort personnel de Valmont demeure toutefois incertain.

 

Le retour en France et les dangers de la Révolution

Jean-Baptiste regagne la France en 1791, dans une situation financière particulièrement précaire.

Se déclarant sans ressources, il adresse une requête au ministre de la Guerre, peu avant la fuite de Louis XVI à Varennes, en juin 1791. Sa démarche aboutit à sa nomination comme commissaire des guerres, fonction essentielle à l'administration et à l'approvisionnement des armées.

Son origine aristocratique constitue cependant un handicap dans le climat politique de plus en plus radical de la Révolution. Pour se protéger, il doit parfois dissimuler ses attaches familiales et son appartenance à la noblesse, non sans recourir à quelques stratagèmes rocambolesques.

Sa carrière est dès lors marquée par de fréquentes mutations.

En 1792, il est affecté à Saint-Jean-d'Angély, puis à Rochefort de 1793 à 1795, au cœur de la période révolutionnaire la plus troublée.

Le 24 décembre 1793, il épouse Anne Monique Rosalie Regnault, fille d'un ancien échevin de Châteaudun. Dans l'acte de mariage, il apparaît sous le simple nom de « Poligny », sans particule.

 

Le sauvetage des prêtres déportés de Rochefort

C'est durant son affectation à Rochefort que Jean-Baptiste accomplit l'un des actes les plus remarquables de son existence.

En 1794, plusieurs centaines de prêtres réfractaires, condamnés à la déportation pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé, sont détenus à bord de deux anciens navires négriers, le Washington et les Deux-Associés, mouillés dans les eaux de la rade de l'île d'Aix.

Le blocus maritime britannique empêche leur transfert vers les destinations initialement prévues. Entassés dans des conditions sanitaires effroyables, privés de nourriture suffisante et exposés aux maladies, les prisonniers connaissent une mortalité dramatique. Ces navires, restés dans l'histoire sous le nom de « pontons de Rochefort », deviennent ainsi le théâtre d'une véritable tragédie humaine.

Au péril de sa propre sécurité, Jean-Baptiste intervient pour améliorer leur ravitaillement et contribue ainsi, selon le récit conservé, à sauver de la famine près de 280 prêtres sur les 829 détenus.

Dans une période où toute marque de sympathie envers les prêtres réfractaires pouvait éveiller les soupçons des autorités révolutionnaires, son intervention témoigne d'un courage personnel remarquable.

La mémoire de ces déportés restera vivace dans l'histoire religieuse française : en 1995, le pape Jean-Paul II béatifiera 64 prêtres morts dans les conditions de détention particulièrement meurtrières des pontons de Rochefort.

Une carrière sous surveillance politique

Après Rochefort, Jean-Baptiste poursuit sa carrière de commissaire des guerres au gré des nécessités administratives et militaires.

En 1795, il est muté à Blois, puis à Châtillon-sur-Indre. L'année suivante, il rejoint Angers, puis Nantes.

En 1799, il est affecté à Toulon, alors confronté à de graves difficultés d'approvisionnement.

Les pénuries provoquent des tensions croissantes entre les autorités civiles et l'administration militaire. Jean-Baptiste devient la cible d'une cabale locale.

Dans une lettre datée du 17 juillet 1799, l'administration municipale de Toulon met en cause sa conduite et lui reproche notamment ses opinions politiques jugées incertaines ainsi qu'une supposée « moue aristocratique ».

Cette expression, révélatrice du climat de suspicion persistant à la fin du Directoire, montre combien ses origines continuent de peser sur sa carrière. La France est alors plongée dans une nouvelle période d'instabilité politique, quelques mois avant le coup d'État du 18 Brumaire (9 novembre 1799), qui portera Bonaparte au pouvoir.

Jean-Baptiste bénéficie néanmoins du soutien du général de brigade Saint-Hilaire, commandant du département du Var, qui intervient en sa faveur par un témoignage attestant sa moralité.

 

Les dernières années : entre retraite et retour au service

En 1802, après une carrière mouvementée, Jean-Baptiste prend sa retraite et s'installe à Chartres, retrouvant son épouse et ses enfants au château de Gland.

Cette retraite ne sera toutefois pas définitive.

En 1809, sous le Premier Empire, il est provisoirement rappelé en activité. À partir de 1812, il exerce de nouveau ses fonctions administratives dans les départements d'Eure-et-Loir et du Loiret.

Il meurt en mai 1813, à l'âge de 60 ans, après une existence traversée par les bouleversements politiques, militaires et sociaux de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe.

De son mariage avec Anne Monique Rosalie Regnault naissent quatre filles : Agnès, Lucile, Adèle et Louise.

 

Une destinée singulière à la charnière de deux époques

Né hors mariage dans une famille noble de Franche-Comté, légitimé par son père, d'abord destiné à l'Église puis engagé dans une carrière militaire aux confins de l'empire commercial néerlandais, Jean-Baptiste de Poligny incarne les contradictions et les bouleversements de son temps.

De l'Afrique du Sud à Ceylan, de Saint-Domingue à Rochefort, son parcours le confronte aussi bien aux ambitions commerciales et aux réalités de l'esclavage colonial qu'aux violences politiques de la Révolution française.

Sa vie est marquée par les revers de fortune, les fidélités familiales, les périls de son origine aristocratique et une remarquable capacité d'adaptation.

Mais c'est peut-être son intervention en faveur des prêtres détenus sur les pontons de Rochefort qui constitue l'épisode le plus marquant de son existence : un geste d'humanité accompli dans une période où la compassion pouvait elle-même devenir suspecte.

Jean Baptiste de Poligny insp père et fille 50 ans.png
Jean-Baptiste 
Commissaire des Guerres
en 1812

 
Chateau de BEAUFREMONT.jpg
Jean Baptiste, Chapelain au Château de Bauf(f)remont
(Scey-sur-Saône)
vers 1770
- gravure d'époque
Le voyage de Jean Baptiste de Poligny.png
A la poursuite du Chevalier de Valmont 1790 -1791
REGNAULT.jpg
Carnet de poèmes manuscrit de sa femme aux armes des Regnault
Le Washington et Les 2 Associés.jpeg
"Le Washington" et "Les Deux Associés" en rade de l'île d'Aix
Jean-Baptiste sauve des prêtres de la famine

 

Agnès de Poligny

1794 - 1872

Comtesse Hériditaire de Poligny 1813 -1852

Agnès de Poligny, une jeunesse entre Gland et Châteaudun

Agnès de Poligny est l'aînée de quatre filles, ses trois sœurs cadettes étant Louise, Lucie et Adèle.

Elle passe son enfance au château de Gland, puis à Châteaudun, où sa famille s'établit après le décès de son père, Jean-Baptiste de Poligny, survenu en mai 1813.

Cette époque est marquée par les dernières années du Premier Empire, alors que Napoléon Ier, après le désastre de la campagne de Russie de 1812, tente de reconstituer ses armées. La France connaît bientôt les invasions de 1814 et 1815, puis le retour de la monarchie des Bourbons.

C'est dans ce contexte de profonds bouleversements politiques qu'Agnès atteint l'âge adulte. Huit années après la disparition de son père, elle épouse, en 1821, Jean Joseph Quentin, un officier de cavalerie de 51 ans, vétéran des guerres révolutionnaires et napoléoniennes, dont la vie a été marquée par les combats, les blessures, l'emprisonnement et les changements de régime.

 

Jean Joseph Quentin, un officier de la Révolution

Fils de Claude Quentin, maire royal de Château-Salins, et d'Anne Poirot de Valcourt, Jean Joseph Quentin embrasse très jeune la carrière des armes.

Le 1er septembre 1792, alors qu'il n'a pas encore 23 ans, il est capitaine adjoint à l'état-major de l'armée du Nord, commandée par le général Charles-François Dumouriez.

La France révolutionnaire vient alors d'entrer en guerre contre l'Autriche et la Prusse. L'armée du Nord joue un rôle essentiel dans les premières campagnes de la Révolution, notamment lors de la victoire de Jemappes, le 6 novembre 1792, qui permet aux troupes françaises d'occuper une grande partie des Pays-Bas autrichiens.

C'est au sein de cette armée que Jean Joseph Quentin noue des liens d'amitié avec Louis-Philippe d'Orléans, fils de Philippe d'Orléans, surnommé « Philippe Égalité », et futur roi des Français. Le jeune duc, qui sert alors avec le grade de lieutenant-général, partage avec lui l'expérience des campagnes révolutionnaires.

Cette rencontre, en apparence ordinaire entre deux officiers, aura des conséquences déterminantes sur la destinée de Jean Joseph Quentin.

 

Une fidélité qui lui coûte sa liberté

Au printemps 1793, la situation politique et militaire se dégrade rapidement. Après la défaite française de Neerwinden, le 18 mars, le général Dumouriez entre en conflit ouvert avec la Convention nationale. Sa défection, au début du mois d'avril, entraîne la suspicion à l'égard des officiers de son entourage.

Louis-Philippe d'Orléans, compromis par sa proximité avec Dumouriez, doit quitter précipitamment la France. Il gagne finalement la Suisse, où il commence un long exil qui se prolongera jusqu'à la chute de Napoléon en 1814.

C'est dans ces circonstances particulièrement dangereuses que Jean Joseph Quentin rend au jeune duc un service éminent, lui permettant, selon les témoignages familiaux, d'échapper à ceux qui cherchent à se saisir de sa personne.

Ce geste de fidélité lui vaut la reconnaissance durable du futur souverain. Une correspondance entretenue d'abord avec le duc d'Orléans, puis avec le roi Louis-Philippe, témoigne des liens qui unissent les deux hommes.

Mais Jean Joseph Quentin paie cher cette loyauté.

Dénoncé, il est arrêté le 4 avril 1793, dans un climat de suspicion révolutionnaire grandissante. Il passe près d'un an et demi dans les prisons de la République, notamment à la prison de l'Abbaye, à Paris.

Son emprisonnement se déroule pendant une période particulièrement troublée de la Révolution, marquée par l'instauration progressive de la Terreur et par la répression des personnes soupçonnées d'hostilité envers la République.

Un document du Comité de sûreté générale de la Convention nationale, daté du 20 brumaire an III, soit le 10 novembre 1794, ordonne sa libération et la levée des scellés apposés sur ses biens.

Cette décision intervient quelques mois après la chute de Robespierre, le 27 juillet 1794, événement qui marque la fin de la Grande Terreur et ouvre une période de libération progressive de nombreux prisonniers politiques.

 

Une carrière militaire entravée par les événements révolutionnaires

Si Jean Joseph Quentin retrouve la liberté, son emprisonnement laisse des traces durables dans sa carrière militaire.

Malgré son expérience et ses états de service, il se retrouve rétrogradé au grade de sous-lieutenant au 22e régiment de cavalerie, le 19 mars 1796.

Le 18 juin 1797, il reçoit un brevet de lieutenant au sein du même régiment, signé par Lazare Carnot, alors membre du Directoire et figure majeure de l'organisation militaire révolutionnaire.

Il doit attendre le 20 octobre 1798 pour retrouver enfin son ancien grade de capitaine, qu'il détenait déjà en 1792.

Cette lente progression témoigne des difficultés rencontrées par certains officiers dont la carrière avait été compromise par les bouleversements politiques de la Révolution.

En 1800, Jean Joseph Quentin sert en Allemagne comme aide de camp du général Jean Victor Marie Moreau, l'un des plus brillants chefs militaires de la République. Cette campagne est marquée par la victoire décisive de Hohenlinden, le 3 décembre 1800, qui contribue à contraindre l'Autriche à signer la paix de Lunéville en février 1801.

En 1802, Quentin est affecté à l'état-major de l'armée du Rhin.

Le 23 mai 1803, soit le 3 prairial an XI, le Premier consul Napoléon Bonaparte lui délivre un brevet de capitaine au 6e régiment de chasseurs à cheval. Ce document précise qu'il a participé à toutes les campagnes de la Révolution, reconnaissance officielle d'une expérience militaire déjà considérable.

 

Les campagnes napoléoniennes, entre gloire et blessures

Avec la proclamation de l'Empire en 1804, Jean Joseph Quentin poursuit sa carrière dans les armées de Napoléon.

Il se distingue particulièrement à Cosenza, en Calabre, en 1807, au cours des opérations militaires françaises dans le royaume de Naples. Cette région du sud de l'Italie connaît alors une forte résistance à l'occupation napoléonienne, mêlant insurrections locales, guérilla et affrontements contre les troupes françaises.

Il se signale de nouveau en 1809, lors d'une action mentionnée sous le nom de « Vicenec » dans les éléments biographiques conservés, dont l'identification géographique précise reste à établir. Cette année correspond à la guerre de la Cinquième Coalition, qui oppose notamment l'Empire français à l'Autriche et s'achève par la victoire napoléonienne de Wagram.

En 1809, Jean Joseph Quentin reçoit la Légion d'honneur, distinction instituée par Napoléon Bonaparte en 1802 afin de récompenser les mérites civils et militaires.

Pourtant, malgré ses nombreuses campagnes et ses services remarqués, il demeure capitaine, grade qu'il occupe depuis plus de dix ans après sa réintégration.

Il participe ensuite à la campagne de Russie de 1812, l'une des entreprises militaires les plus meurtrières de l'époque napoléonienne.

Lors de la bataille de la Moskowa, le 7 septembre 1812, également connue sous le nom de bataille de Borodino, il reçoit un coup de lance. Cet affrontement, livré aux portes de Moscou, compte parmi les plus sanglants des guerres napoléoniennes et ouvre temporairement aux Français la route de l'ancienne capitale russe.

En 1813, Jean Joseph Quentin se distingue encore par un acte de bravoure exceptionnel : après avoir traversé à deux reprises les lignes russes, il a le bras gauche fracassé.

La gravité de cette blessure lui vaut trois mois de congé à Château-Salins, afin de se rétablir. Ces événements figurent dans son dossier militaire conservé aux archives de Vincennes, sous la référence n° 70632, série 3YF.

À la fin de l'année 1813, il sert dans les unités de cavalerie de la Garde impériale, notamment au sein du 1er régiment d'éclaireurs, où il exerce des fonctions d'aide-major.

Créés en décembre 1813, les régiments d'éclaireurs de la Garde impériale sont destinés à renforcer une cavalerie française considérablement affaiblie par la campagne de Russie. Leur mission consiste notamment à assurer la reconnaissance, la protection des colonnes et les opérations de cavalerie légère.

Le 21 décembre 1813, Jean Joseph Quentin est promu chef d'escadron au 1er régiment d'éclaireurs de la Garde impériale. Il passe ensuite au 12e régiment de chasseurs à cheval en 1814.

Après plus de vingt années de service, il accède ainsi à un grade supérieur, à la veille de l'effondrement du Premier Empire.

 

La Restauration et le retour des Bourbons

La première abdication de Napoléon, en avril 1814, entraîne le retour de Louis XVIII sur le trône de France. Mais cette restauration monarchique est interrompue par les Cent-Jours, entre mars et juin 1815, avant la défaite définitive de Napoléon à Waterloo, le 18 juin 1815.

Le retour des Bourbons provoque alors de fortes tensions dans l'armée, où de nombreux soldats restent attachés à l'Empereur et au drapeau tricolore.

Le 21 juillet 1815, Jean Joseph Quentin, alors chef d'escadron, intervient à Saint-Junien, dans l'arrondissement de Rochechouart, en Haute-Vienne, pour réprimer les troubles provoqués par des soldats qui cherchent à arracher le drapeau blanc royaliste hissé par la municipalité sur le clocher.

Le drapeau blanc, emblème de la monarchie restaurée, remplace alors le drapeau tricolore, symbole de la Révolution et de l'Empire. Cette substitution provoque dans plusieurs villes des manifestations d'hostilité de la part d'anciens militaires impériaux.

Un certificat délivré par le maire de Saint-Junien atteste l'intervention de Jean Joseph Quentin et son rôle dans le rétablissement de l'ordre.

En 1816, il est nommé chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, distinction créée par Louis XIV en 1693 et rétablie sous la Restauration pour récompenser les services des officiers.

Cette décoration marque sa reconnaissance par la monarchie bourbonienne, après une carrière commencée dans les armées révolutionnaires et poursuivie sous Napoléon.

 

Le mariage avec Agnès de Poligny en 1821

C'est en 1821 que Jean Joseph Quentin épouse Agnès de Poligny.

Sur leur acte de mariage, le nom de la jeune femme apparaît sous la forme « Poligny », sans particule. Cette particularité s'explique vraisemblablement par les usages administratifs hérités de la période révolutionnaire, durant laquelle les références nobiliaires avaient été combattues et souvent supprimées des actes officiels.

La particule figure néanmoins sur ses actes de baptême et de décès, confirmant son usage dans les documents familiaux et religieux.

Au moment de son mariage, Jean Joseph Quentin sert comme major aux dragons du Calvados, en garnison à Aire, dans l'arrondissement de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais.

Le couple aura un fils unique, Louis Quentin.

Cette union marque pour l'officier une période de stabilité familiale après plusieurs décennies passées au service des armées, au gré des campagnes et des changements de régime.

 

Une retraite imposée et contestée

Le 11 avril 1826, le roi Charles X confère à Jean Joseph Quentin le grade honorifique de lieutenant-colonel, à l'occasion de son départ à la retraite.

Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, règne depuis 1824. Son gouvernement cherche à renforcer les traditions monarchiques et l'autorité royale, dans une France encore profondément marquée par l'héritage révolutionnaire et impérial.

Jean Joseph Quentin se retire à Châteaudun, où il s'investit dans la vie municipale. Il devient membre du conseil municipal, fonction qu'il exerce encore en 1831.

Cette retraite semble toutefois avoir été prononcée contre son gré.

Un certificat médical le décrit comme souffrant d'obésité et d'une diminution de l'acuité visuelle, affections considérées comme incompatibles avec la poursuite du service actif.

L'ancien officier conteste fermement cette appréciation, estimant que son état de santé ne justifie nullement son éloignement de l'armée.

Après tant d'années passées sur les champs de bataille, il supporte difficilement d'être écarté du service pour des raisons médicales qu'il juge infondées.

 

Le retour en grâce sous Louis-Philippe

La révolution de Juillet 1830, également appelée les Trois Glorieuses, provoque la chute de Charles X et l'avènement de Louis-Philippe d'Orléans.

Le nouvel homme fort du régime n'est autre que l'ancien compagnon d'armes de Jean Joseph Quentin, rencontré près de quarante ans auparavant dans les rangs de l'armée du Nord.

Louis-Philippe prend le titre de « roi des Français », et non de « roi de France », marquant ainsi la volonté d'inscrire la nouvelle monarchie dans le principe de souveraineté nationale issu de la Révolution.

Le souverain n'a pas oublié les services rendus par Quentin au printemps 1793, lorsque sa liberté et peut-être sa vie étaient menacées.

Leur correspondance témoigne de cette fidélité ancienne et de la reconnaissance que Louis-Philippe lui manifeste à plusieurs reprises.

En 1832, Jean Joseph Quentin reprend du service comme lieutenant-colonel, affecté au service de la remonte à Alençon.

Ce service, essentiel au fonctionnement de la cavalerie, est chargé de l'acquisition, de la sélection et de la fourniture des chevaux destinés aux régiments de l'armée.

Toujours désireux de servir activement, il sollicite une affectation à l'état-major.

Il cesse définitivement son activité militaire le 22 août 1833, mettant un terme à une carrière de plus de quarante années, commencée sous la Révolution, poursuivie sous le Consulat et l'Empire, puis prolongée sous la Restauration et la monarchie de Juillet.

 

Un militaire devenu homme de lettres

Jean Joseph Quentin ne se consacre pas uniquement à la carrière des armes et à la vie municipale.

Il est également membre correspondant de la Société des sciences, arts et belles-lettres de Mâcon, institution savante qui participe à la diffusion des connaissances et aux débats intellectuels de son temps.

Il rédige deux ouvrages, l'un au régime des prisons, l'autre consacré aux forçats

Dans ce dernier, il propose de remplacer les travaux forcés par une peine moins dégradante et de lutter contre la récidive des anciens forçats par une surveillance renforcée, des mesures contre le vagabondage et, dans certains cas, la déportation à vie.

Ces sujets occupent une place importante dans les débats sociaux et politiques de la première moitié du XIXe siècle. Sous la Restauration puis sous la monarchie de Juillet, la réforme pénitentiaire devient une préoccupation majeure des juristes, des administrateurs et des philanthropes.

La question des conditions de détention, du travail forcé et de la réhabilitation des condamnés suscite notamment de nombreuses réflexions, auxquelles contribuent des personnalités comme Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont, auteurs d'une étude sur le système pénitentiaire américain publiée en 1833. 

L'intérêt de Jean Joseph Quentin pour ces questions prend une résonance particulière au regard de sa propre expérience de l'emprisonnement sous la Révolution, même si aucun document ne permet d'affirmer que celle-ci fut directement à l'origine de ses travaux.

 

Les dernières années et la mémoire familiale

Jean Joseph Quentin s'éteint en 1845, après une existence exceptionnellement riche en événements.

Né sous l'Ancien Régime, officier de la Révolution, prisonnier de la République, combattant des armées napoléoniennes, serviteur des Bourbons et ami personnel du roi Louis-Philippe, il aura traversé les plus grands bouleversements politiques et militaires de son époque.

Son parcours illustre celui d'une génération d'officiers confrontés à la succession rapide des régimes, partagés entre leurs convictions, leur fidélité personnelle et leur attachement au service de la France.

Malgré les épreuves, les blessures et les injustices qu'il estime avoir subies, il demeure profondément attaché à sa vocation militaire.

Agnès de Poligny lui survit pendant près de vingt-sept années. Devenue veuve en 1845, elle traverse encore la fin de la monarchie de Juillet, la révolution de 1848, la Deuxième République, le Second Empire et les premières années de la Troisième République, avant de s'éteindre vers 1872.

Leur fils unique, Louis Quentin, perpétue la lignée familiale.

À travers l'histoire d'Agnès de Poligny et de Jean Joseph Quentin se dessine ainsi le destin singulier d'un couple dont la vie s'inscrit dans près d'un siècle de transformations françaises, depuis les derniers temps de l'Ancien Régime jusqu'aux débuts de la France républicaine moderne

Agnès HD.png
Aquarelle de 1824 représentant Agnès à 30 ans
 
son mari
Jean Quentin
Lt Colonel des Gragons en 1826
Chevalier de Saint Louis

 
Invitation du Duc d'Orléans
à son mari Jean Quentin
au Palais Royal le 11 mai 1826

 
Jean Joseph Quentin 1.png
Photographie de 1845 représentant son mari
le Colonel Jean Quentin à 75 ans

 
Photographie de 1869
représentant Agnès à 75 ans  
Veuve depuis un quart de siècle

 

Zoé, Jeanne Reumont de Poligny (née Quentin de Poligny)

1856 - 1941

Comtesse Héréditaire de Poligny 1906 -1941

Une vie entre héritage familial, foi et engagement philanthropique

Née Quentin de Poligny en 1856, Zoé est l’aînée d’une fratrie de quatre filles : Marie-Louise, Marie-Antoinette (1858–1943), future épouse Lacoste de Laval, et Mathilde (1860–1949), future épouse Deschamps-Larivière.

Elle passe une enfance paisible au sein de sa famille, à l’Hôtel Sainte-Barbe, près du Mans, avant d’épouser, le 23 juin 1886, à l’âge de trente ans, Adolphe-Constant Reumont, un rentier issu d’une ancienne famille du nord de la France.

Son époux est le fils de Louis Reumont et d’Émilie-Constance Reumont, cousins germains. La famille Reumont a bâti une partie importante de sa fortune dans l’industrie textile, alors l’un des moteurs de la prospérité économique du Nord au XIXe siècle.

Son beau-père, Louis Reumont, est un grand amateur et collectionneur d’art, comme en témoignent deux ventes aux enchères organisées après sa disparition. Il porte un intérêt particulier à l’œuvre du peintre florentin Andrea del Sarto (1486–1530), figure majeure de la Haute Renaissance italienne.

Après un premier établissement à Paris, Zoé et Adolphe choisissent de s’installer à Nice, dans le quartier résidentiel de Cimiez, où Adolphe acquiert une propriété qui prendra le nom de « Villa Zoé ». À cette époque, Nice connaît un essor remarquable, attirant une clientèle aristocratique et fortunée séduite par la douceur de son climat et les bienfaits supposés des séjours hivernaux.

Zoé s’intéresse très tôt au thermalisme, pratique alors particulièrement prisée dans les milieux aisés. Son époux lui offre la société exploitant les Thermes de Berthemont-les-Bains, situés dans l’arrière-pays niçois. Cette station thermale, connue pour ses eaux chaudes sulfureuses, s’inscrit dans le développement du tourisme de santé à la Belle Époque.

Profondément catholique, Zoé, désormais connue sous le nom de Zoé Reumont de Poligny, consacre une grande partie de son existence aux œuvres de bienfaisance. À Nice, elle fonde « L’Œuvre et l’Aiguille », une initiative charitable destinée à venir en aide aux femmes seules et démunies en leur offrant une formation à la couture. Cette démarche s’inscrit dans le mouvement du catholicisme social, particulièrement actif à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Sa foi trouve également son expression dans l’écriture. En 1924, elle publie L’Histoire complète de Notre-Dame de Lourdes et de la petite Bernadette, aux éditions A. Teillon, ouvrage consacré aux apparitions mariales de 1858 et à la destinée de Bernadette Soubirous. Cette publication participe à la diffusion du récit religieux de Lourdes, devenu l’un des principaux lieux de pèlerinage catholique en Europe.

Selon la tradition familiale, le pape Léon XIII lui aurait adressé ses prières en témoignage de reconnaissance. Cette attribution mérite toutefois d’être précisée, le pontificat de Léon XIII s’étant achevé en 1903, bien avant la publication de l’ouvrage.

Bernadette Soubirous est béatifiée en 1925 par le pape Pie XI. Dans le prolongement de son premier livre, Zoé publie en 1930 Lourdes, l’ultime vérité, aux éditions Gay & Fortoul. Trois ans plus tard, en 1933, Bernadette est canonisée par Pie XI, consacrant définitivement sa place dans l’histoire religieuse contemporaine.

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Les dernières années : épreuves familiales et revers de fortune

Les dernières années de Zoé sont assombries par une succession d’épreuves personnelles et financières. Une brouille avec son fils unique, François-Xavier, fragilise ses liens familiaux, tandis que sa santé se détériore progressivement.

En 1935, elle décide de confier l’intégralité de la gestion de son patrimoine à un certain Ferrini, qui se présente comme homme d’affaires.

 

 

 

 

Cette décision se révèle désastreuse : des opérations malheureuses entraînent la disparition de l’essentiel de sa fortune. Zoé ne parvient à préserver que quelques meubles et tableaux hérités de sa famille.

L’affaire, qui connaît un certain retentissement, est relatée dans la presse locale de l’époque, témoignant de l’ampleur de cette déconvenue financière.

Éprouvée par les revers de fortune, les tensions familiales et la maladie, Zoé Reumont de Poligny s’éteint en 1941, à l’âge d’environ 85 ans.

Son parcours demeure celui d’une femme de conviction, dont l’existence, partagée entre les milieux privilégiés de la Belle Époque, l’engagement philanthropique et la ferveur religieuse, reflète les aspirations mais aussi les fragilités d’une certaine société française à la charnière des XIXe et XXe siècles.

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Zoé portant le Deuil de son père en 1906
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Adolphe Constant HD.png
Son mari,
Adolphe Constant Reumont
Rentier
en 1897
Zoé et son mari acquièrent la station thermale de Berthemont-les-Bains (Alpes Maritimes) en 1906
Zoé écrit l'Histoire de Bernadette Soubirous en 1924

François, Xavier, Louis Reumont de Poligny

1891 - 1975

Comte de Poligny 1941 -1975

Une jeunesse privilégiée bouleversée par la Grande Guerre

Élevé par un précepteur et des nurses anglaises, Xavier Reumont de Poligny grandit dans un milieu privilégié, où il reçoit une éducation raffinée et cosmopolite. Destiné à une existence paisible de rentier, il voit cependant son destin bouleversé par les événements de la Première Guerre mondiale.

Grâce à sa parfaite maîtrise de l’anglais, il sert comme traducteur-interprète auprès de l’armée britannique durant le conflit. À cette époque, la coopération entre les armées française et britannique joue un rôle essentiel sur le front occidental, où les interprètes assurent la liaison entre les états-majors et facilitent la coordination des opérations militaires. En 1917, au cours d’une mission, il est blessé au bras et à la tête.

Son engagement lui vaut notamment la Croix de guerre 1914-1918 ainsi que la General Service Medal.

Au lendemain de la guerre, Xavier se consacre pleinement à sa grande passion : le tennis, sport auquel il voue désormais l’essentiel de son existence.

À cette époque, le tennis connaît un essor considérable en Europe, particulièrement dans les milieux aristocratiques et la haute société.

Les grandes stations balnéaires de la Côte d’Azur deviennent des lieux de rencontre privilégiés pour les meilleurs joueurs internationaux. Xavier évolue dans ce cercle prestigieux et noue des liens d’amitié avec deux figures emblématiques de ce monde : Suzanne Lenglen et le roi Gustave V de Suède. Surnommée « la Divine », Suzanne Lenglen révolutionne alors le tennis féminin par son talent, son élégance et son style audacieux. Quant au souverain suédois, grand passionné de tennis, il participe lui-même à de nombreux tournois sous le pseudonyme de « Mr G ».

Joueur talentueux et compétiteur accompli, Xavier remporte de nombreux championnats, notamment la Coupe de Bretagne, plusieurs années consécutives au début des années 1920, ainsi que la Coupe d’Andia en 1926, parmi d’autres distinctions sportives.

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Entre passion du tennis, vie familiale et transmission du nom

C’est au sommet de sa carrière sportive qu’il épouse, le 21 février 1927, à Londres, dans le district de Saint-Pancras, sa cousine au quatorzième degré, Edith Anne Georgine Elisabeth Cairon.

Les deux époux partagent une ascendance commune remontant à Jean Ier de Tenarre, baron de Tenarre, seigneur de Marnoz et de Janli (Genlis), témoignant de l’ancienneté de leurs liens généalogiques.

De cette union naissent deux enfants : Madeleine et Jean-Loïc.

En 1960, soucieux de faire reconnaître officiellement un nom porté de longue date par sa famille, Xavier engage une procédure administrative afin d’obtenir l’adjonction légale du nom « de Poligny » à celui de Reumont. Il constitue à cet effet un dossier étayé par un arbre généalogique et de nombreux certificats, et porte sa démarche jusqu’au Conseil d’État.

Sa demande est néanmoins rejetée en raison de l’opposition initiale d’un tiers.

Cette décision ne met cependant pas fin à un usage familial profondément enraciné. Xavier continue de porter le nom de Reumont de Poligny, tel qu’il figure sur ses papiers d’identité ainsi que sur ceux de son fils Jean-Loïc.

Cet usage se perpétue au sein de la famille.

Par la suite, Xavier est nommé administrateur du prestigieux Lawn Tennis Club de Nice, l’un des hauts lieux historiques du tennis français, dont les courts accueillent depuis la fin du XIXe siècle une clientèle internationale et de nombreuses personnalités du monde sportif et aristocratique.

Ainsi, Xavier traverse son époque en conjuguant héritage familial, engagement militaire et passion sportive. Sa vie s’inscrit dans l’histoire d’une génération marquée par la Grande Guerre, mais aussi dans celle de l’âge d’or du tennis européen, auquel il apporte sa contribution comme joueur, champion et dirigeant.

Distinctions militaires : Croix de guerre 1914-1918 ; General Service Medal.

Descendance : Madeleine et Jean-Loïc.

François-Xavier Reumont de Poligny
anciennes coupes de tennis
Xavier
Champion de Tennis
en 1926
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Xavier Reumont de Poligny
Sa femme, Edith Reumont de Poligny,
née Cairon - année 1938
Xavier partenaire de jeu de Suzanne Langlen

Jean-Loïc, Georges Reumont de Poligny 1935 - 2018

Comte de Poligny 1975 -2018

Une jeunesse marquée par la guerre et l’engagement militaire

Jean-Loïc Reumont de Poligny passe l’essentiel de son enfance à Paris, dans un milieu familial attaché à ses traditions et à son héritage. Durant la Seconde Guerre mondiale, il trouve refuge avec sa mère à Laval, entre 1943 et 1945, alors que la France traverse les dernières années de l’Occupation et les bouleversements de la Libération.

À l’issue de sa formation à l’École de cavalerie de Saumur, en 1960, institution prestigieuse héritière d’une longue tradition militaire française, il épouse sa cousine au douzième degré, Arlette Marguerite Pétrequin.

Les deux époux partagent une ascendance commune remontant à Arnaud de Marle, seigneur de Versigny, auquel la tradition généalogique familiale attribue plusieurs hautes fonctions au service de la monarchie française, notamment celles de président à mortier au Parlement de Paris, maître des requêtes, garde des Sceaux et ambassadeur du roi de France auprès du doge de Venise.

À peine la cérémonie de mariage achevée, Jean-Loïc embarque pour l’Algérie en qualité d’officier de cavalerie. Le territoire est alors plongé dans la guerre d’indépendance, commencée en 1954, qui oppose les forces françaises aux nationalistes algériens.

Il participe aux opérations militaires et se distingue notamment dans la lutte contre le trafic d’armes à la frontière tunisienne, zone stratégique où l’armée française a établi un important dispositif de surveillance destiné à limiter les infiltrations et les approvisionnements des combattants indépendantistes.

Son engagement lui vaut deux distinctions militaires : la Croix de la Valeur militaire et la Croix du combattant.

 

Une carrière industrielle au sommet de Rhône-Poulenc

De retour à la vie civile, Jean-Loïc entreprend une carrière qui le conduit progressivement aux plus hautes responsabilités du monde industriel français. Titulaire d’une licence en droit, d’un doctorat en sciences économiques et d’un diplôme de troisième cycle du Centre d’administration des entreprises, il possède une formation pluridisciplinaire associant droit, économie et gestion.

Il rejoint tout d’abord la Biscuiterie Nantaise (BN), où il est nommé directeur d’une usine située à Compiègne. Cette première responsabilité lui permet d’acquérir une solide expérience dans la gestion industrielle et l’organisation de la production.

En 1971, il s’installe à Paris pour prendre la direction de la production de la Générale de Panification, qui regroupe notamment les marques Pelletier et Prior.

Deux ans plus tard, en 1973, il est recruté par Rhône-Poulenc, alors l’un des fleurons de l’industrie chimique et pharmaceutique française, au poste de directeur du service des Accords industriels. Cette fonction, au cœur des stratégies de développement et des partenariats internationaux du groupe, l’amène à effectuer de nombreux déplacements professionnels, notamment aux États-Unis, au Brésil et en Égypte.

Son ascension au sein de Rhône-Poulenc est rapide. Ses compétences juridiques, économiques et managériales lui permettent d’accéder à des responsabilités croissantes, jusqu’à occuper les fonctions de directeur juridique et administratif de Rhône-Poulenc, directeur général de Chimie-Finance et de Maprochim, responsabilités qu’il exerce jusqu’en 1994.

Cette carrière s’inscrit dans une période de profondes transformations de l’industrie française, marquée par l’internationalisation des entreprises, la multiplication des accords industriels et l’évolution des structures juridiques des grands groupes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Jean-Loïc demeure attaché à la vie familiale et aux résidences de province. En 1976, il acquiert une résidence secondaire dans l’Yonne, en Bourgogne, puis, quelques années plus tard, une propriété en Normandie, dans la baie du Mont-Saint-Michel.

 

Un juriste engagé dans l’évolution du droit des entreprises

Au-delà de ses fonctions de dirigeant industriel, Jean-Loïc Reumont de Poligny joue un rôle actif dans les milieux juridiques et consulaires français.

À partir de 1990, il exerce les fonctions de magistrat consulaire, avant de devenir président de la cinquième chambre du tribunal de commerce de Bobigny. Cette juridiction, composée de juges issus du monde économique, est chargée notamment de trancher les litiges commerciaux et de traiter les difficultés des entreprises.

Son engagement se prolonge au sein de plusieurs organisations professionnelles. Il devient vice-président de l’Association européenne des juristes d’entreprise et administrateur de l’Association française des juristes d’entreprise, contribuant ainsi aux réflexions sur la place du droit dans la gouvernance des sociétés.

Ses travaux participent notamment aux réflexions ayant accompagné la création de la société par actions simplifiée (SAS), instituée en France par la loi du 3 janvier 1994. Cette nouvelle forme juridique, initialement destinée à faciliter les coopérations entre entreprises, introduit une plus grande souplesse dans l’organisation et le fonctionnement des sociétés. Élargie par la suite, notamment en 1999, elle deviendra l’une des structures les plus utilisées dans le paysage entrepreneurial français.

Par son parcours, Jean-Loïc incarne une génération de dirigeants formés à la rigueur militaire, puis engagés dans la modernisation de l’industrie et du droit des affaires. Son itinéraire, de l’École de cavalerie de Saumur aux responsabilités de direction chez Rhône-Poulenc, témoigne d’une vie consacrée au service, à l’entreprise et à l’évolution des institutions économiques.

De son union avec Arlette Marguerite Pétrequin naissent deux enfants, Hervé et Nadège, qui assurent la continuité de la lignée familiale.

Sa sœur, Madeleine Reumont de Poligny (1917–2007), exerce quant à elle les fonctions de directrice de la Maison des Polytechniciens, établissement parisien emblématique des traditions et des réseaux de l’École polytechnique.

Distinctions militaires : Croix de la Valeur militaire ; Croix du combattant.

Descendance : Hervé et Nadège.

Juge palais de justice.png
Jean-Loïc, Magistrat en 1993
Sous lieutenant de cavalerie en Algérie.png
Jean-Loïc, Sous - Lieutenant de Cavalerie
Algérie - année 1961
Noblesse française
Sa femme, Arlette Reumont de Poligny (née Pétrequin) - année 1973
Rhône Poulenc 1973 - 1994
Jean-Loïc, Directeur Juridique et Administratif
Jean-Loïc, Administrateur des Juristes d'Entreprise

Hervé, Charles Reumont de Poligny

1963 -

Comte de Poligny depuis 2018

Le goût de l'engagement et l'audace d'entreprendre

Natif de Compiègne, Hervé Reumont y passe son enfance avant de s'installer à Paris en 1972.

En 1981, il intègre l'Armée de l'air française en qualité de navigant au sein de l'escadron Estérel, rattaché au Commandement du transport aérien militaire (COTAM), unité notamment chargée du transport des hautes autorités de la République.

Il participe à plusieurs missions au Tchad jusqu'en 1982, dans un contexte de fortes tensions politiques et militaires qui marquent alors l'histoire de ce pays, notamment la guerre civile opposant différentes factions pour le contrôle du pouvoir. Au début des années 1980, le Tchad constitue un enjeu stratégique majeur pour la diplomatie française en Afrique centrale, dans le prolongement des accords de coopération militaire conclus entre les deux États. Le COTAM participe alors à la projection et au soutien des moyens aériens français, dans un environnement géopolitique particulièrement instable.

Titulaire d'un diplôme de troisième cycle (Master 2) en marketing et communication, il poursuit sa carrière à Paris. Il exerce successivement les fonctions de consultant en marketing chez KPMG, de responsable de délégation, membre du comité directeur et associé de CFDP Assurances, puis de président du groupe Eurossur.

Sa carrière professionnelle est notamment marquée par son rôle dans la mise en œuvre du principe de la « pyramide renversée », conception managériale plaçant les collaborateurs opérationnels et la satisfaction du client au centre de l'organisation, la hiérarchie ayant vocation à soutenir leur action. Cette expérience, relayée dans la presse au début des années 2000, est étudiée par Emmanuel Josserand dans son ouvrage L'Entreprise en réseau (Éditions Vuibert, 2001), traduit en anglais et publié aux États-Unis en 2004 par Edward Elgar Publishing.

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L'appel d'ailleurs et les liens du temps

En 2006, Hervé Reumont s'établit à Nice et reprend un cabinet d'assurances sous l'enseigne Swiss Life, à proximité de Monaco.

À la suite d'un séjour à Saint-Barthélemy, dans les Antilles françaises, il y acquiert une résidence secondaire qu'il conservera jusqu'en 2015.

En 2021, après avoir cédé son cabinet d'assurances, il s'installe en Suisse, dans le canton de Zoug. La même année, il épouse Anne Cathrin Burkert, sa cousine au 22e degré.

Leur ascendance commune remonte à Bernhard Ier d'Anhalt-Bernbourg, prince souverain d'Anhalt-Bernbourg, et à son épouse Sophie de Danemark, princesse de la maison royale danoise. Cette filiation s'inscrit dans les alliances dynastiques qui unissaient, dès le XIIIe siècle, les maisons princières germaniques et scandinaves. La principauté d'Anhalt-Bernbourg appartenait alors à l'ensemble des territoires gouvernés par la maison d'Ascanie, l'une des anciennes dynasties princières du Saint-Empire romain germanique. Issue de cette maison, la lignée d'Anhalt-Bernbourg trouve son origine dans les partages territoriaux du XIIIe siècle, notamment celui de 1252. Par son mariage avec Sophie de Danemark, Bernhard Ier s'inscrit dans le réseau des alliances matrimoniales reliant les dynasties princières du Saint-Empire aux monarchies scandinaves.

Hervé Reumont est père de cinq enfants : Séverine, Astrid, Zinaïda, Cyril et Charles.

Il a une sœur, Nadège Reumont, née en 1972, qui exerce les fonctions de cheffe du pôle Transformation et Communication des ressources humaines chez RTE (Réseau de transport d'électricité), gestionnaire du réseau public français de transport d'électricité à haute et très haute tension.

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Entre passions, héritage et rencontres littéraires

Hervé Reumont inspire plusieurs œuvres romanesques. Il apparaît sous le pseudonyme de « Fleurs de Lys » dans Petits Meurtres entre associés de Bruno Perera (Éditions Maxima, 2002) et contribue à inspirer le personnage d'Hugues de Poligney dans L'Icône de Saint Vladimir d'Adelphe Clery (2012).

Attaché à l'histoire et aux traditions familiales, il est membre de l'Association Royale des Descendants des Lignages de Bruxelles, qui perpétue la mémoire des anciens lignages bruxellois, historiquement associés au gouvernement de la cité médiévale.

Les sept lignages historiques de Bruxelles, dont les origines institutionnelles remontent au Moyen Âge, jouèrent un rôle déterminant dans l'administration de la cité jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Leur mémoire demeure associée à l'histoire des institutions urbaines et des anciennes familles patriciennes brabançonnes.

Le roi Philippe des Belges compte lui-même parmi les descendants des sept lignages historiques de Bruxelles, notamment par les différentes alliances matrimoniales ayant uni, au fil des siècles, les familles patriciennes bruxelloises aux grandes dynasties européennes. Cette continuité généalogique témoigne de la place singulière qu'occupent ces lignages dans le patrimoine historique et familial de la Belgique. L'Association Royale des Descendants des Lignages de Bruxelles est aujourd'hui placée sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi.

Il est titulaire de la médaille de la Défense nationale, distinction militaire française instituée en 1982 pour récompenser les services rendus dans le cadre des activités opérationnelles ou de préparation des forces armées.

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Hervé, Associé, membre du comité Directeur de CFDP Assurances
en 1997
Entreprise en réseaux
Hervé Reumont
Hervé et le concept de "La Pyramide renversée" dans les années 2000
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Sa femme,
Anne - Cathrin Reumont de Poligny (née Burkert) - année 2021

Cyril, Jean-Loïc, Victor Reumont de Poligny

2001 -

Des horizons de l’enfance aux ambitions internationales

Cyril est l’aîné des descendants mâles de la dernière génération de la famille.

Né à Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine, il passe l’essentiel de son enfance à Nice, sur la Côte d’Azur.

Très tôt passionné par l’aéronautique, il concrétise cet intérêt en obtenant son brevet de pilote en 2017.

Après l’obtention d’un premier diplôme universitaire en 2021, il poursuit ses études à Lyon, où il décroche, en 2022, une licence en sciences économiques et gestion.

Désireux d’élargir ses connaissances et de donner une dimension internationale à sa formation, il intègre ensuite le Programme Grande École de SKEMA Business School, au sein du cursus international du Master in Management.

Cette formation le conduit à enrichir son expérience sur plusieurs continents, notamment en Afrique du Sud, à la Stellenbosch University, prestigieuse institution universitaire fondée en 1918, nichée au cœur des paysages viticoles de la région du Cap et réputée pour son rayonnement académique international, ainsi qu’au Brésil, sur le campus de Belo Horizonte, au sein de l’État du Minas Gerais.

Parallèlement à ses études, Cyril acquiert une expérience professionnelle diversifiée auprès de plusieurs grands groupes français et internationaux. Il exerce ainsi différentes responsabilités au sein du département marketing du groupe Fnac Darty, puis en qualité de chargé de projet chez KPMG, avant de rejoindre le groupe Casino, acteur majeur de la grande distribution, notamment à travers ses enseignes Monoprix, Franprix, Naturalia, Spar, Vival et Cdiscount. Il y contribue à des missions liées à la stratégie de l’entreprise.

Il couronne son cursus universitaire par l’obtention de son diplôme de Master 2 en 2026.

Ses premières orientations professionnelles confirment alors son intérêt pour les enjeux stratégiques de la grande distribution. Il s’engage dans cette voie en qualité de consultant à l’international pour le groupe Carrefour, donnant ainsi une continuité à sa formation et à ses expériences acquises dans différents environnements économiques et culturels.

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Fratrie — Destinées singulières, alliances et héritages familiaux

Cyril est entouré de trois sœurs et d’un frère, dont les destinées respectives, entre attaches familiales, aspirations personnelles et horizons nouveaux, viennent enrichir l’histoire de cette génération.

Séverine, dans un premier temps esthéticienne, trouve sa vocation auprès des enfants.  Elle assume alors la fonction d'assistante maternelle au sein d’une institution catholique à Nice.

Elle épouse en 2017 M. Jonathan Claudel. De cette union sont nés deux enfants : Roxane et Rémi.

Astrid, titulaire d’une licence en yachting délivrée par l’Université Nice-Sophia Antipolis, débute sa carrière professionnelle dans l’univers du nautisme de prestige. Elle exerce notamment les fonctions d’Office Manager auprès de la société Northrop & Johnson, à Monaco, avant de poursuivre sa formation par un Master 2 en ressources humaines.

En 2022, elle unit sa destinée à celle de Sir Hamish MacDougall, appartenant au Clan MacDougall, auquel elle est apparentée par une ascendance commune au vingt et unième degré.

Leurs racines généalogiques se rejoignent à travers les siècles, les rattachant notamment à Édouard Ier d’Angleterre, roi d’Angleterre et seigneur d’Irlande, et à son épouse Éléonore de Castille, infante de Castille et de León. Mariés en 1254 à Burgos, au temps des grandes alliances dynastiques de l’Europe médiévale, les deux souverains laissèrent également le souvenir d’une union empreinte d’une profonde affection. À la disparition d’Éléonore, en 1290, Édouard Ier, inconsolable, fit ériger douze croix monumentales, les célèbres Eleanor Crosses, le long du chemin emprunté par son cortège funèbre de Lincoln vers Londres. Quelques-unes subsistent encore, comme autant de témoignages de pierre d’un attachement conjugal dont la mémoire a traversé les siècles.

De l’union d’Astrid et de Sir Hamish est né un fils, Achille, perpétuant à son tour les liens de ces deux lignées dont les ramifications se rejoignent dans les profondeurs de l’histoire européenne.

Zinaïda, diplômée en professions immobilières, choisit de s’orienter vers l’administration de biens. Elle exerce les fonctions de gestionnaire locative et de copropriété au sein d’une agence immobilière de la métropole niçoise.

En union depuis 2022 avec M. Marc Sicard, elle est mère de deux enfants : Adèle et Henri.

Charles Constant Maximilian, fils cadet de la fratrie, voit le jour à Zurich, en Suisse. Ses premières années s’inscrivent dans le cadre paisible des paysages helvétiques, auprès de ses parents, d’abord dans le canton de Zoug, puis en Valais, au cœur des Alpes suisses.

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Cyril en 2022
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* Source GENEANET

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Cyril en 2022
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